fbpx

MISSI DOMINICI - Page 3

Marketplace de Facebook, le « Avito Killer » bientôt déployé au Maroc

C’est une bien mauvaise nouvelle du marché des petites annonces au Maroc, Facebook lancera dans les prochaines semaines, dans 3 pays de la région Mena que sont l’Egypte, l’Algérie et le Maroc, sa plateforme gratuite de petites annonces, Marketplace, accessible aux utilisateurs du réseau social.

Disponible en langue arabe, Marketplace permettra aux personnes âgées de dix-huit ans et plus, des trois pays de la région Mena, de consulter des offres d’objets (meubles, électroniques, vêtements…) ou de mettre en ligne des petites annonces de manière simple et intuitive. Lorsqu’une personne repère une annonce qui l’intéresse, le contact se fait avec le vendeur via Messenger. La remise de l’objet se fait en mains propres car Facebook ne prend en charge ni la livraison, ni le paiement, et ne prélève pas de commission sur la transaction.

1 utilisateur de Facebook sur 4 utilise Marketplace

Lancé aux États-Unis en 2016 et en Europe en 2017, le service Marketplace est actuellement actif dans 51 pays. La plateforme attire 700 millions de visiteurs mensuels, soit environ un utilisateur de Facebook sur quatre dans le monde. Aux Etats-Unis, rien qu’au mois de mai 2017, plus de 18 millions d’annonces de vente de produits y ont été publiées.

Marketplace un concurrent de taille de Avito et de MarocAnnonces.com

L’arrivée de Marketplace au Maroc constitue un sérieux danger pour les plateformes de petites annonces marocaines telles que : Avito, MarocAnnonces, PetitesAnnonces de Maroc Telecom et dans une moindre mesure Jumia.

En effet la puissance de MarketPlace réside dans :

  1. L’extrême popularité de Facebook auprès des marocains, qui rendra les investissements des autres plateformes en référencement, targeting, communication et recrutement et fidélisation de nouveaux clients plus conséquents.
  2. Marketplace affiche et met en avant les objets mis en vente en tenant compte des habitudes de consommation de l’utilisateur, ses centres intérêts ainsi qu’à sa position géographique, grâce à la puissance des algorithmes de Facebook.
  3. Enfin, le principal avantage concurrentiel mis en avant par Facebook, est l’élimination du risque de l’anonymat des vendeurs qui caractérise les sites comme Avito, ou MarocAnnonces. Marketplace permet en effet de consulter les profils des vendeurs, de savoir depuis combien de temps ils sont sur le réseau social et d’identifier les éventuels amis en commun.

Il est à rappeler que Marketplace a connu un premier flop en 2007. Mark Zuckerberg avait lancé un service similaire, baptisé également Marketplace, qui n’avait pas séduit les internautes. Une première expérience qui a été suivie en 2012, par le lancement d’une boutique cadeaux, fermée deux ans plus tard. Aujourd’hui, Facebook dispose d’espaces Boutiques et de Groupes de vente de produits auxquels vient s’ajouter le Marketplace.

Comment le marché va-t-il réagir face à ce nouveau venu ? Facebook réussira-t-il à transformer la consommation des petites annonces et les drainer vers sa nouvelle plateforme ? Comment les intermédiaires qui pullulent sur Avito et MarocAnnonces vont-il s’adapter à cette nouvelle plateforme ? L’avenir nous le dira !

 

Les professionnels du secteur des nouvelles technologies s’insurgent contre leur exclusion de l’Agence du Digital

En marge de l’Assemblée Générale élective du nouveau bureau de la Fédération des Nouvelles technologies de l’Information, des Télécommunications et de l’Off-shoring, l’APEBI, s’est tenue mardi 23 janvier, la présentation de la feuille de route de l’Agence du Digital. Moulay Hafid Elalamy, retenu en raison de la cérémonie d’installation des nouveaux ministres, c’est le secrétaire d’Etat chargé de l’Investissement, Othman El Ferdaous, qui l’a représenté. Un exercice périlleux, pour le jeune ministre devant une assistance constituée de vieux routiers du secteur qui ont vu succédé sur une vingtaine d’année, plusieurs gouvernements avec leurs lots de projets de modernisation des services publics, d’informatisations, qui n’ont pas été de tout succès.

Les revendications populaires, trame de fond de la stratégie digitale

Othman El Ferdaous a planté le décor dès l’ouverture de cette réunion en projetant la photo d’une manifestation montrant des jeunes portant des pancartes revendiquant le droit à une vie meilleure et digne. Sur ces pancartes, le ministre va superposer ses solutions, une sorte de modélisation à la problématique sociale et économique : pour assurer une vie meilleure aux jeunes et aux marocains cela passe par la création d’emplois donc de la productivité, et pour assurer une vie digne, cela passe par un Etat intelligent, interprété par ce modèle par de la confiance. Othman El Ferdaous conclut que la productivité et la confiance sont les éléments qui peuvent être atteints rapidement par la digitalisation.

Cette mise en scène constituera le fil conducteur de la présentation de OEF, pseudo que le ministre chérit particulièrement. Durant son intervention, il n’a cessé de marteler : je ne veux pas de modèle californien, ni d’indicateurs étrangers ; la technologie doit répondre aux revendications des marocains.

Par ailleurs, Othman El Ferdaous a prouvé être décomplexé par rapport aux nouvelles tendances numériques mondiales : Intelligence Artificielle, Blockchain, Réalité Virtuelle, tout en livrant des illustrations concrètes de leur utilisation dans la vie courante du marocain normal, de l’autoentrepreneur et de la PME.

Concernant l’Agence du Développement du Digital, dont la Directrice générale par intérim était présente à l’évènement, Othman El Ferdaous a partagé l’objectif premier de son département quant à la réussite de la mission de l’Agence, à savoir ne pas faillir dans l’opération de recrutement des ressources humaines dont une partie sera constituée probablement des cadres de la direction du numérique qui ont postulé pour rejoindre l’ADD. OEF a également précisé à l’assistance que le recrutement de son Directeur général était en cours.

Absence de l’APEBI dans le Conseil d’administration de l’ADD, les professionnels s’insurgent

Les professionnels du secteur des Nouvelles technologies de l’Information et membres de l’APEBI, ont exprimé leur étonnement et leur déception quant à l’absence de l’APEBI aussi bien du Conseil d’Administration de la nouvelle Agence du Développement du Digital que du board des experts.

Ces acteurs du secteur du numérique, qui ont fait valoir leur longue expérience aussi bien au niveau domestique qu’à l’export, se sont interrogé sur la raison qui a poussé le département de Moulay Hafid Elalamy de ne pas les consulter pour établir la feuille de route du numérique. Alors qu’ils étaient systématiquement sollicités pour toutes les stratégies durant plus de 17 années, et ce depuis le premier projet eGov.

El Ferdaous s’est défendu en expliquant que sa présence à cet évènement s’inscrivait justement dans le sens du partage et de l’écoute des professionnels. Cependant, ces derniers persistent et signent, et semblent exiger un siège en bonne et due forme à l’ADD et n’ont pas hésité à qualifier l’absence de l’APEBI du Conseil d’administration de l’Agence d’erreur.

#digitalfikra a frustré les professionnels

L’initiative #digitalfikra lancée par Othman El Ferdaous, et qui a connu un franc succès, surtout auprès des cadres, des jeunes entrepreneurs et autres startupers, semble avoir frustré les professionnels. Une frustration somme toute légitime car les pouvoirs publics et ce nouveau gouvernement ont tout à gagner en écoutant les diverses expériences, positives ou négatives, et entretenir un partenariat basé sur le dialogue et la confiance.

D’ailleurs, Mohamed Horani, président de HPS, a été le premier à s’exprimer en mettant au centre du débat la question de la confiance. Pour l’ancien patron des patrons, on ne peut pas disposer d’une confiance virtuelle entre le secteur privé et le secteur public si on n’établit pas au préalable une confiance physique.

La glace semble avoir été brisée

Cette rencontre semble avoir brisé la glace qui s’est formée entre l’APEBI et le département de Moulay Hafid Elalamy et de Othman El Ferdaous. D’un côté, les professionnels de la NTIC ont pu transmettre leurs interrogations ainsi que leur détermination à jouer un rôle central dans le dispositif et, d’autre part, le ministère informé, semble mieux outillé pour réussir l’installation de l’Agence du Développement du Digital et surtout d’accélérer sa transformation numérique qui tarde à se mettre en place en faisant perdre au Maroc beaucoup d’argent et beaucoup d’emplois.

Saloua Karkri-Belekziz reconduite pour un 2ème mandat

La dame de fer de l’Offshoring, Saloua Karkri-Belekziz a été largement plébiscitée par les membres de la fédération pour briguer un deuxième mandat. Un mandat qu’elle veut axer sur la création de l’emploi et l’innovation. Pour l’accompagner dans ce challenge, l’APEBI a élu un nouveau Vice-président, Youssef El Alaoui, co-fondateur du leader national de la mobilité, Mobiblanc. Youssef El Alaoui a d’ailleurs présenté le plan d’action 2018-2020 de l’APEBI, où la transformation numérique, la stratup et l’innovation constituent des paris stratégiques dans le but de créer une rupture nette, tout en consolidant les réalisations et les acquis accumulés.

Dans le détail, l’ambition du binôme Belekziz/ElAloaui et de son Conseil d’Administration, constitué de 20 membres est de « Réussir le choix stratégique de la transformation digitale du Maroc, et placer la Fédération au cœur de cet enjeu ». 5 axes stratégiques sont proposés pour atteindre cet objectif :

  • Partenariat avec l’Agence de Développement du Digital dans le cadre de la stratégie Digitale Nationale :
    • Former, encadrer et outiller l’administration et la PME afin de réussir la transition numérique
    • Booster la Start-up
  • Création d’une cellule de veille Digitale
  • Implication dans la résolution de la problématique des ressources humaines dans le secteur IT: de la formation à l’employabilité ;
  • Opérationnalisation de la structure d’animation de l’Offshoring et régionalisation ;
  • Accompagnement de l’ambition d’investissement et d’export de nos membres.

Agence de développement du digital – ADD

L’Agence du développement digital a pour mission d’accélérer la transformation numérique de l’économie nationale. Elle se chargera de mettre en place des approches intégrées dans le domaine du développement numérique au Maroc, de mettre en œuvre les stratégies de l’Etat en la matière et de promouvoir la diffusion d’outils numériques. Son Conseil d’administration est composé des représentants du secteur public (ANRT, ANPME, AMDIE) et du secteur privé (président des chambres de commerce, d’industrie et des services, représentants de la CGEM et du secteur des assurances). L’ADD est actuellement dirigée par Khouloud Abejja, directrice générale par intérim et conseillère du ministre de l’Industrie, accompagnée par 4 experts: Nadia Filali, Laila Bennis, Ali El Amrani et Tarik Fadli.(Source tic-maroc.com)

Rome compte allouer 100 millions d’euros pour sa mission au Niger

//

La ministre italienne de la Défense, Roberta Pinotti, a déclaré que son pays comptait accorder un budget de 100 millions d’euros à son opération en cours au Niger en vue de gérer le flux des migrants et d’accompagner Niamey dans la lutte anti-terroriste. L’Italie, qui compte ainsi redéployer ses forces en Irak et en Afghanistan vers une plus grande présence au sud de la Méditerranée, maintient toujours des unités au Kosovo, au Liban et en Syrie.

Dans une communication conjointe au Sénat et la Chambre des représentants, la ministre Roberta Pinotti a précisé que le contingent italien au Niger, qui comptera à terme, quelque 470 éléments de l’Esercito italiano, devra porter assistance à ce pays fragile du Sahel qui accueille 150 000 réfugiés.

Roberta Pinotti, qui s’exprimait devant les Commissions des affaires étrangères et de la défense du Sénat et de la Chambre réunies conjointement, a exposé le rapport du gouvernement italien sur les progrès des différentes missions italiennes à l’international et exprimé le besoin d’une enveloppe de 100 millions d’euros pour mener à bien l’opération de stabilisation au Niger.

C’est en novembre dernier que Rome et Niamey s’étaient mis d’accord pour l’envoi de cette mission militaire.
Pour rappel, le président du Conseil italien, Paolo Gentiloni avait, lors de sa conférence de presse de fin d’année, fait part de l’intention de son pays d’envoyer une mission militaire au Niger en vue de contribuer à la formation des forces de sécurité de ce pays dans la lutte anti-terroriste et contre l’immigration illégale pour parer à la situation très précaire en Libye. Surtout que les combats qui ont éclaté lundi dans le secteur de l’aéroport de Mitiga près de Tripoli, à la suite de l’attaque d’un groupe armé, ont entraîné la suspension sine die de tous les vols dans le pays.

Paris en concurrence avec Rome

De son côté, la France a convoqué pour aujourd’hui une réunion des ministres de la Défense et des chefs d’état-major des armées des cinq pays de la région du G5 Sahel en vue de la construction d’une force conjointe, et ce en présence de huit pays contributeurs, de l’ONU, de l’Union africaine, et de l’Union européenne, et ce en préparation de la Conférence des donateurs qui aura lieu à Bruxelles le 23 février prochain.

En décembre dernier, le président français, Emmanuel Macron, avait réussi à obtenir de l’Arabie saoudite une contribution de 100 millions d’euros et 30 millions d’euros des Emirats arabes unis en faveur de la future force conjointe antiterroriste du G5 Sahel.

Le Niger convoité par les puissances mondiales

/

Lors de sa conférence de presse de fin d’année, le président du Conseil italien, Paolo Gentiloni, a fait part de l’intention de son pays d’envoyer une mission militaire au Niger. Cette mission, qui s’inscrit dans un cadre d’alliances internationales et européennes claires et pro-atlantistes, comprendra initialement 470 officiers et sous-officiers d’élite de l’Esercito italiano.

La mission militaire italienne au Niger a pour objectif premier de contribuer à la formation des forces de sécurité de ce pays dans la lutte anti-terroriste et contre l’immigration illégale, sachant que traditionnellement les forces italiennes interviennent plus au nord. Mais avec la situation précaire en Libye, il a été procédé au choix de ce redéploiement méridional.

Malgré des statistiques plus ou moins optimistes qui ont conforté une baisse de 30% de débarquements de migrants sur les côtes italiennes en 2017, suite notamment aux opérations de «dissuasion» résultant d’un accord entre le gouvernement italien et certaines milices libyennes, le personnel de l’opération «Sophia» relevant de l’European Union Naval Force Mediterranean, EUNAVFOR Med, ainsi que ceux de l’ONG Proactiva Open Arms et Sos Méditerranée, continuent malheureusement de repêcher des centaines de migrants ; ils étaient au moins 370 uniquement durant la nuit de Noël.

Les accords fragiles entre le gouvernement italien et quelques groupes armés qui contrôlent la rive septentrionale de la Libye arrivent à terme. Et la difficulté à faire face à des acteurs politiques instables, a poussé Rome à explorer la piste d’un nouveau soutien régional, potentiellement plus stable et apte à gérer les fichiers sur la sécurité et sur les migrants de concert avec les services italiens. Candidat idéal, le Niger s’est imposé naturellement pour abriter cette plateforme.

Par le biais de cette mission militaire au Niger, dont le siège prendra ses quartiers au fort de Madama, ancien poste de commandement tripartite franco-tchado-nigérien, l’Italie met ainsi un pied dans une zone sensible qui constitue un véritable carrefour des flux économiques et humains, grâce notamment à son positionnement géographique qui en fait un lieu stratégique du fait des divers trafics qui prolifèrent dans la région. Madama sert aussi de poste frontière pour le contrôle des déplacements entre le Niger et la Libye.

Par cette percée de taille, l’Italie se retrouve dans une zone les chinois et les français sont fortement présents, militairement certes, mais aussi et surtout pour les besoins des mines d’uranium dont le pays regorge. Le Niger, qui dispose également d’un sous-sol riche en or et en pétrole, est connu pour être aussi une sous-plateforme régionale de traite d’êtres humains et de trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest.

Bordé par sept pays, le Niger est aujourd’hui cœur du noyau géopolitique où se jouent les enjeux futurs de l’Afrique. La Chine et la France semblent l’avoir compris il y a bien longtemps. La Russie remue ciel et terre pour faire partie des acteurs qui auront une place de choix dans la reconstruction de la Libye de demain et, par conséquent, avoir une présence de taille dans le continent. L’Italie est désormais là pour avoir aussi sa propre part du gâteau.

Libye : La fin de l’Accord de Skhirat et le retour de Kadhafi

//

Le conseil municipal de Misrata, en Libye, a déclaré trois jours de deuil suite à l’assassinat de son maire, Mohamed Eshtewi, par un commando de miliciens armés. L’édile, qui vient de rentrer d’un voyage en Turquie, a été kidnappé à la sortie de l’aéroport. Un porte-parole de l’hôpital local a rapporté qu’un commando de la milice avait encerclé la voiture du maire en tuant son frère Ahmed, puis traîné Mohamed Eshtewi dans un endroit isolé. Après l’avoir criblé de balles, les ravisseurs ont jeté le corps devant une clinique privée de la ville.

La mort tragique du maire de Misrata relève d’une série d’événements inquiétants qui menacent de plonger la Libye dans une crise encore plus grave que celle par laquelle passe le pays depuis déjà sept ans. La mort de Eshtewi, un proche du «chef du gouvernement de Tripoli» Fayez al-Sarraj, risque de fragiliser davantage tout dialogue avec le général Haftar, et place le pays dans une reconfiguration précaire où il sera difficile de trouver un équilibre de pouvoir entre les acteurs politiques libyens.

L’assassinat a eu lieu à un «tournant» de l’histoire de la Libye. En effet, le 17 décembre coïncidait avec le deuxième anniversaire de la signature de l’Accord Skhirat, le document fondamental sur lequel repose le statu quo politique et sécuritaire libyen. Les représentants du gouvernement de Tripoli et le parlement Tobrouk, réunis à Tunis ces derniers mois en vue de modifier l’Accord, ont omis de décrire de manière claire et uniforme, et en temps opportun, ce que sera la Libye de demain, ainsi que son système politique. Néanmoins, la direction libyenne (Tripoli et Tobrouk) a décidé de confirmer l’organisation des élections présidentielles et législatives pour le mois de mars 2018. Pour sa part, le général Khalifa Haftar a clairement annoncé que l’Accord de Skhirat était caduc et que l’armée qu’il dirige «ne répondra aux ordres d’aucun parti à moins d’être élu par le peuple», invitant le peuple libyen à la mobilisation générale.

Avec un Accord de Skhirat obsolète et sans aucune autre plateforme politique viable, la Libye se trouve plongée dans un gouffre dangereux : chacun des acteurs voudrait se positionner comme l’élément indispensable et salvateur dans le dialogue en vue d’une sortie de crise. L’enjeu, en réalité, ne concerne pas seulement les futures élections mais aussi les accords importants, contacts et contrats avec les acteurs internationaux.

La Russie, par exemple, a manifesté un intérêt certain pour la région. Le Kremlin n’a pas seulement maintenu un dialogue ouvert avec le général Haftar à travers les canaux diplomatiques dédiés et via le président égyptien Al-Sisi, mais aussi organisé la médiation dans les négociations entre le gouvernement Serraj et les milices Touareg pour le contrôle de la frontière sud de la Libye.

Un autre acteur avec lequel on devra compter dans le processus politique libyen, c’est l’Italie de Gentiloni et Minniti. Rome, après le récent voyage du général Haftar pour y rencontrer les hauts responsables italiens, a fait le choix stratégique de maintenir des relations stables et équidistantes avec les différents acteurs libyens, notamment ceux qui sont à même de prendre le pouvoir, et ce en vue de : 1) De protéger les intérêts énergétiques italiens, notamment le complexe d’hydrocarbures de Mellitah ; 2) Gérer les flux migratoires ; 3) Protéger l’engagement militaire italien au Niger. L’opération au Sahel ne peut être séparée d’une collaboration opérationnelle en territoire libyen. C’est dans ce contexte là, qu’un accord final devait être signé avec le maire de la troisième plus grande ville de Libye brutalement assassiné.

Mohamed Eshtewi, avec son aura tribale, constituait un vrai rempart contre toute possibilité de retour des Kadhafi au pouvoir. Son absence aujourd’hui laisse désormais le champ libre à Saif al-Islam de rempiler et, pourquoi pas, à terme, venger son père et éventuellement lui succéder.

En effet, le porte-parole de la famille Kadhafi, Basem al-Hashimi al-Soul, a confirmé dans une déclaration au journal égyptien Egypt Today que Saif al-Islam avait l’intention de se présenter aux élections présidentielles prévues en Libye en 2018, en faisant savoir que «le fils de l’ancien dirigeant libyen bénéficie du soutien des principales tribus de Libye.»

Selon Basem al-Hashimi al-Soul, Saif al-Islam, libéré en juin dernier par une milice de la ville de Zintan, «a l’intention d’imposer plus de sécurité et de stabilité dans le pays, en respectant la géographie libyenne et en coordination avec toutes les factions tribales et politiques du pays ».

Quelle que soit la voie politique destinée à sortir le pays de la crise, le peuple libyen, fatigué et épuisé par près de six années de guerre, ne cherche aujourd’hui que la paix. N’ayant pas répondu favorablement à l’appel de mobilisation du général Haftar, beaucoup de gens en revanche ont accueilli avec enthousiasme l’appel du mouvement «Voix du peuple» les invitant à abandonner les multiples drapeaux qui les ont divisés pour en soulever un seul, un drapeau blanc invoquant la coexistence entre tous en vue de surmonter les démons du passé.

_______

Le texte original de l’article est paru dans internazionale.il24.it
Traduction : www.le1.ma

Carnet de voyage : Youssef El Alaoui raconte la Silicon Valley

Directeur-associé et co-fondateur de Mobiblanc, leader marocain en ingénierie mobile et digitale, Youssef El Alaoui revient d’un voyage qui l’a mené aux Etats-Unis et plus précisément à la Silicon Valley, dans la partie sud de la baie de San Francisco. Ce pôle mondial de l’industrie de pointe, qui accueille les sièges sociaux et campus de plus de 6 000 entreprises et la destination, est considéré comme La Mecque de la nouvelle économie numérique à l’instar de Uber, AirBnB ou eBay. En exclusivité pour LE1, Youssef El Alaoui livre les péripéties de son immersion digitale dans le monde atypique des GAFA.

De retour de mon petit voyage découverte à San Francisco et à la Silicon Valley, je ne pouvais pas me retenir de livrer mon impression tellement le «choc» était immense.

Immense non pas par la démesure des choses mais surtout par leur simplicité. Moi qui croyais avoir à côtoyer des « extraterrestres » à chaque coin de rue, je n’ai rencontré finalement que nos semblables qui pensent exactement de la même manière que nous. Moi qui croyais trouver des building high-tech à la manière du Pentagone, je n’ai trouvé que des buildings «normaux», ou des anciennes usines de textile ou de sidérurgie transformées en «usine d’intelligence» où l’on produit des concepts qui créent de la valeur et qui parfois révolutionnent le monde. Exception faite du building de Salesforce qui est imposément impressionnant.

Les espaces de travail avec des murs sans peinture, du ciment brut toujours visible, des tuyaux qui traversent (élégamment) les plafonds. Tellement rudimentaires et cools qu’on se faisait des blagues entre marocains sur le manque de moyens de ces gens-là. On se disait qu’il leur faudrait une couche de Tedellakte pour qu’ils soient plus «présentables». Mais il s’agissait bien, là, de la Factory de la nouvelle économie.

En déambulant dans les rues de San Francisco, on peut facilement, et à tout bout de champ, se retrouver en face d’un immeuble d’un géant du Net. Quel plaisir de toucher les murs d’un LinkedIn, d’un Uber, d’un AirBnB ou d’un Adobe. On s’aperçoit finalement qu’ils sont des «humains». Qu’ils paient l’électricité, Internet, et peut-être un loyer. Notre chauffeur, un marocain, nous parlait du patron de Zynga qu’il emmenait chaque matin chez Facebook. Il nous a confié que Zynga était le nom de son chien et que les noms des jeux qu’il déclinait correspondent aux noms des sorties sur l’autoroute entre son domicile et celui de Facebook. Tout Simplement.

La valeur du temps est sacrée chez ces gens-là, tout est chronométré. Nos visites des grandes entreprises sont très codifiées, rien n’est laissé à l’improvisation. A chaque rendez-vous, une personne nous reçoit, en général c’est un(e) responsable de la communication, puis on nous délivre nos badges déjà pré-imprimés, ensuite on nous annonce le programme puis on démarre la tournée. A chaque étape de la visite, une personne de la société nous attend avec son message clair à nous faire passer, telle une course de relais où l’enchaînement se fait par le «passage de témoin» et ce jusqu’à la fin de la visite à une heure bien précise. Un case study plein d’enseignements.

Toutes les entreprises ne se ressemblent pas. Ce qui est assez frappant c’est de constater la différence de culture entre sociétés, en fonction de leur métier ou de leur ancienneté, situation vécue chez AirBnB et eBay.

Chez AirBnB, avec son slogan « open your heart and home », on trouve une ambiance très hospitalière, où une équipe de 3000 collaborateurs dont 800 développeurs sont comme dans un parc. Des chiens de compagnies qui rodent dans les plateaux, ingénieurs en sandales et shorts un peu partout, et des postures de travail assez inhabituelles, comme le fait de travailler debout, ou dans une cabine à la téléboutique ou sur un canapé à la Starbucks. En revanche, chez eBay, créé 13 ans plus tôt, on y trouve une ambiance assez sobre où les équipes sont relativement âgées avec un code de communication assez policé. Même les espaces de travail sont moins «funs».

En discutant avec les entrepreneurs, deux mots reviennent assez souvent : vision et passion. Il faut avoir une vision pour définir un cap et il faut aussi faire les choses par amour pour bien les réussir. La diversité des équipes est également un facteur important car on estime qu’on ne peut pas porter un projet multinational sans avoir de la diversité culturelle au sein de son entreprise.

Autre remarque, c’est le Storytelling. Chaque chose a une histoire. Tout est dans l’émotion. Les patrons de Airbnb qui, lors d’un séminaire à San Francisco, ne trouvaient pas où dormir ont fini sur un matelas gonflable (AirBed and Breakfast), d’où l’idée du projet. Autre illustration, le patron d’une grande société d’antivirus qui, à l’âge de 18 ans, avait réussi à rétablir les fonctionnalités du PC de sa maman, en en publiant le patch sur Internet, a ensuite eu un grande succès. Les histoires de ce genre ne manquent pas. Les collaborateurs aussi ont partagé avec nous les raisons du choix de leurs jobs respectifs et les expériences de leur vie. Bref, tout est à la Hollywood est c’est tant mieux. Ça capte notre attention et ça nous fait rêver. C’est réussi !

Force est à constater également que la réussite vient aussi de l’écosystème qui est très développé et où tous les acteurs fonctionnent en harmonie pour le bien de tout le monde : universités, incubateurs, start-ups, investisseurs, consommateurs et système judiciaire. La notion du partage se répète souvent, tous les acteurs se sentent responsables envers l’écosystème.

Ça rappelle un peu quand Henry Ford avait décidé en 1910 de doubler les salaires de ses salariés. Pour les rendre plus heureux et plus productifs certes, mais aussi pour qu’ils puissent acheter ses voitures et donc contribuer au développement de son entreprise.

Dans le logiciel du «rêve américain», c’est ce qu’on appelle la création d’un cercle vertueux. C’est peut-être le point clé de cette réussite.

Twitter déploie les tweets à 280 caractères à travers le monde

C’est officiel, Twitter double le nombre de caractères que peut contenir un tweet. Et c’est Jack Dorsey, co-fondateur de ce réseau social, qui l’a annoncé sur son compte dans un tweet de 8 caractères, permettant à toute la planète, dès aujourd’hui, de publier ses humeurs avec un peu plus d’aisance, presque en toutes langues.

L’extension à 280 caractères a été déployée publiquement aujourd’hui à tous les utilisateurs de Twitter, dans les langues prises en charge, y compris l’arabe. Une mise à jour de l’application notifiée sur les smartphones, permet en effet de profiter de cette nouvelle fonctionnalité.

C’est en septembre dernier, que l’influente entreprise américaine avait annoncé son plan controversé d’aller au-delà de ses 140 caractères traditionnels. Les responsables de Twitter voulaient offrir un nombre de caractères plus long aux utilisateurs afin qu’ils puissent exprimer davantage leurs pensées sans manquer de place pour tweeter.

Twitter a procédé par étapes pour ne pas brusquer les puristes. Un groupe restreint d’utilisateurs a été sélectionné et auquel l’option 280 caractères a été débloquée. Au Maroc le journaliste Ali Lmrabet a été le seul marocain à notre connaissance à être sélectionné par la firme américaine.

Avec 280 caractères, Twitter a fait un homme heureux : Donald Trump

Donald Trump a fait de Twitter son arme fatale. Ces tweets ont affolé et continent d’affoler le monde. Le Département d’Etat américain peine à suivre les positions extrémistes de son Président en matière de diplomatie et de politique étrangère. L’outil étant tellement puissant, et son utilisation est tellement exaspérante pour les anti-Trump, qu’un employé des services après-vente de Twitter, a réussi à désactiver le compte twitter du Président Trump durant plus de 10 min. Un incident qui a pris des proportions importantes, obligeant Twitter à sortir un communiqué expliquant que l’employé, engagé politiquement, aurait profité, la veille de son départ, d’une faille dans les procédures internes pour désactiver le compte de Trump.

Mais aujourd’hui Donald Trump est un homme des plus heureux, à peine quelques minutes du déploiement des 280 caractères, il publie un tweet long résumant ses activités de la journée en Asie où il effectue une visite officielle.

280 caractères, un impact psychologique et commercial

Les utilisateurs de Twitter vous le diront, résumer et condenser une idée ou des idées dans 140 caractères n’est pas une chose aisée mais ce qui fait le charme, la réputation et la puissance de Twitter.

Avec les 280 caractères, l’effet psychologique attendu est l’adoucissement des humeurs. Les marques et les VIP souffrent avec ce réseau social, car l’étroitesse de la publication condense et accentue les sentiments négatifs. Aujourd’hui, l’espace permettrait d’arrondir, mécaniquement, les ongles et d’habiller les messages.

Sur le plan commercial, Twitter table sur le recrutement de nouveaux utilisateurs habitués à plus de liberté de rédaction sur Facebook par exemple.

Avec 280 caractères seulement 1% des utilisateurs arrive à la limite d’écriture contre 9% du temps des 140 caractères

Les puristes n’adhèrent pas …encore


Démonstration par une puriste sur un tweet du fondateur de twitter sur la possibilité de rester sur les 140 caractères

La décision de passer à 280 caractères a rencontré beaucoup de réticence des utilisateurs puristes, étant donné que l’une des caractéristiques déterminantes de Twitter est la brièveté des messages.

L’argument qui revient le plus chez les utilisateurs mécontents est que les 280 caractères rendraient Twitter moins lisible, car des tweets plus longs, remplissaient leur Timeline.

D’autres twittos déplorent que Twitter se soit penché sur une caractéristique que personne ne demandait vraiment dans le but de détourner l’attention des problèmes plus critiques : l’abus, le harcèlement et l’intimidation. Tout ce que nous voulions c’est un bouton edit , se sont exclamés plusieurs utilisateurs américains 

Nawfal Laarabi

El Aynaoui DG d’OCP Policy Center : Nous avons besoin d’une COP de la confiance

/

En marge de la 10ème édition de la World Policy Conference, organisée du 3 au 5 novembre à Marrakech, Karim El Aynaoui, Directeur Général d’OCP Policy Center, s’est confié à The Economist.

Nos partenaires historiques trop occupés par leurs problèmes internes

Interviewé par John Andrews éditorialiste pour The Economist, Karim El Aynaoui, Directeur Général d’OCP Policy Center, qui participait aux travaux de la World Policy Conference, a déclaré que le secret de la réussite de la Chine, en termes d’investissements en Afrique, résidait dans la capacité de Pékin à comprendre les besoins et les problématiques des pays africains y compris les pays à faibles revenus. Tandis que les partenaires historiques du continent, en l’occurrence les Etats-Unis et l’Europe, occupés par leurs propres problèmes se font distancés année après année.

Nous avons besoin d’une COP de la confiance

Face aux changements majeurs que connait le Monde, l’élection de Donald Trump, le Brexit et l’émergence de la Chine en tant que puissance économique, Karim El Aynaoui a proposé de tenir un événement mondial, une sorte de COP pour faire réinstaller la confiance dans le monde.

L’Afrique et la transition climatique, les clés de la croissance mondiale

Selon le Directeur Général d’OCP Policy Center, l’Afrique et la transition climatique constituent des sources formidables de développement de l’économie mondiale, surtout pour l’Europe. Une croissance qui a pour condition l’intégration de l’Afrique dans la chaîne mondiale de création de valeur et le sérieux quant à un investissement massif dans le continent.

Nawfal Laarabi

Trêve d’espérance, l’heure est à l’exigence

Il n’y a pas plus désolant qu’une élite qui espère au lieu d’exiger un droit acquis et reconnu. La décision de mettre fin aux mandats de quelques ministres, suite au rapport de la Cour des comptes, a effectivement été accueillie positivement. Les commentaires des Marocains lambda confirment ce sentiment de satisfaction. Et comme tout sentiment de satisfecit, sa durée de vie dépendra de la suite des évènements.

L’analyse à froid ne laisse aucun doute sur les raisons de ce revirement brusque dans la gestion de la chose publique. Le Hirak d’El Hoceima a dévoilé les limites de ce qu’il est pertinent d’appeler « une structure de gestion sous parapluie ». Une structure qui nous projette dans le labyrinthe d’un système à la fois complexe et sophistiqué. Et notre seule guide, pour explorer les vaines tentaculaires de cet organisme politique, demeure la réponse à une question centrale : qui décide au Maroc?

Comme tout sentiment de satisfecit, sa durée de vie dépendra de la suite des évènements

Sans aucun détour, la décision au Maroc revient au roi, que nous appelons souvent Palais pour inclure toutes les personnes qui s’investissent dans la construction conceptuelle et managériale de la décision. Le centre de décision est là et nulle part ailleurs. L’exécution, elle, revient au gouvernement ou à l’un des appendices de l’Etat (armée, Offices Nationales, CDG…)>

Dans un système basé sur la reddition des comptes, entre le centre de décision et son exécution, pullule un large panel d’outils de contrôle. Les inspections générales, les inspections ministérielles, le Parlement… en forment l’ossature. Sur le papier, le Maroc dispose de ces outils, sans tirer fierté de leur efficience. Il ne s’agit donc pas d’un manque de compétence ou d’un vide juridique, mais d’une panne de l’engrenage général, ces petits éléments qui lient les turbines les unes aux autres pour en faire une machine qui tourne à plein régime. Pour faire simple, imaginons un corps humain magistralement bien doté, mais la connexion entre ses attributs ne fonctionne pas. Il est inerte car son âme est en panne, atrophiée, confuse jusqu’à la paralysie.

La prise de conscience de ce trou béant dans le fonctionnement du système politique marocain, pousse une partie de la population, appuyée par une élite à raisonnement simpliste, à exiger l’impossible. Y en a qui vont jusqu’à reprocher au roi ses absences répétés ou ces longs séjours à l’étranger. Mais ils omettent qu’en terme d’image, ces absences transmettent un message subliminal. Le roi dit au monde entier que le Maroc dispose d’institutions stables pour gérer le pays dans un climat de paix politique et social. Sans oublier aussi que personne ne peut exiger d’un politique, aussi monarque soit-il, de contrôler physiquement un pays grand de plus de 700.000 km2, comprenant 12 régions, plus de 75 préfectures et provinces et plus de 1500 communes.

L’intermédiation politique est, elle aussi, en panne. Les partis politiques et organismes étatiques vieillissent à vue d’œil. Le renouvellement des élites politiques, bien que amorcé selon certains, se concrétise dans une logique dépassée par l’évolution de la société. Les jeunes introduits à coup de quota perpétuent la tradition déjà existante, ils la rendent plus « sexy », mais sont incapables de la chambouler, la secouer ou, à juste titre, lui rappeler sa superbe d’Antan.

Comme la nature a horreur du vide, une réaction sociale (chimique) latente mais réelle est née et a grandi sans contrôle. Tel un volcan, elle a bouillonné loin des yeux avant de révéler sa première alerte. El Hoceima fut cette alerte et le bouillonnement continue, dégageant de temps en temps des îlots de feu isolés. Zagora, qui a marché pour l’eau, en est la preuve.

La décision du Palais de limoger des membres du gouvernement et prochainement des hauts commis de l’Etat, fait office de sapeur pompier. Sa décision va, certainement, éteindre ces îlots de feu, mais n’agira point sur le bouillonnement latent. Celui-là a besoin de solutions pérennes. Celles où « le fait du prince » est traduit, au quotidien, à travers des automatismes qui fonctionnent sans son intervention, lui ou toute autres personnes incluses dans ce que la constitution appelle l’institution monarchique. Un fonctionnement presque mathématique et où tout manquement de quelque nature que ce soit est puni sur la base de lois claires et égalitaires.

Ces solutions, l’élite, qui se dit engagée, ne les espère pas, elle les exige au nom de cette patrie que nous aimons tous et au nom du peuple marocain qui a payé et qui paie toujours le tribut d’une gestion défaillante à tous les niveaux (éducation, santé, justice, économie, culture médias..).

Khalid Tritki | Éditorialiste et producteur de contenu et d’idées 

Le pouvoir « humanise » Moulay Hafid Elalamy

/

Annoncée comme le point d’orgue de la conférence internationale Africa Convergence, organisée par La Tribune Afrique, la conversation intime à laquelle s’est prêtée Moulay Hafid Elalamy en clôture de la conférence, a dévoilé le côté “humain“ du ministre réputé pour être un redoutable homme d’affaires sans états d’âmes. Une réelle confession ou un coup de com’ réussi ?

C’est dans une mise en scène à la GAFA, pensée et exécutée de manière chronométrée par Abdelmalek Alaoui maître de cérémonie et organisateur en chef de Africa Convergence, que le ministre de l’Industrie, du commerce, de l’investissement et de l’Economie numérique, Moulay Hafid Elalamy, a surgi de l’espace VIP vers une scène spécialement aménagée pour accueillir la discussion qui allait fermer le rideau d’une riche journée d’échange et de débat organisée sous le thème « les Nouveaux champions du Sud ».

L’idée était de ne pas s’adresser au ministre ou à l’homme d’affaires mais à l’homme tout court. Et c’est le directeur éditorial d’Africa News, François Chignac, qui a été chargé de diriger cette conversation intimiste avec le loup de la finance marocaine, devant une salle comble où étaient réunis, en plus du gotha de la place, plusieurs de ses collaborateurs, du secteur privé s’entend et non du ministère.

Storytelling: Orphelin responsable, nostalgique de la mixité sociale, amoureux du luth, oui MHE avait et a une vie en dehors d’AGMA, Saham et Colina

Les marqueurs médiatiques de Moulay Hafid Elalamy les plus partagés chez l’opinion publique ont été davantage forgés par ses opérations de rachats et ses entrées fracassantes dans des secteurs comme l’assurance et la santé, que par les détails de sa vie personnelle. Cette conversation inédite était l’occasion pour François Chignac de tenter d’emmener le « sujet » à développer un storytelling, afin humaniser et adoucir la marque MHE.

La trame de la conversation a eu un premier point d’ancrage, Marrakech, la ville natale de MHE. Un “symbole affectif personnel” mais aussi marqueur émotionnel pour l’assistance. Nostalgique, voix douce, rythme cadencé et lent, MHE rappelle son enfance, et l’événement qui va marquer sa personnalité à vie, le décès de son père. Orphelin à l’âge de 10 ans, Moulay Hafid, confie qu’en s’auto-psychanalysant, il réalise de n’avoir cessé de vouloir démontrer à son défunt père qu’il en était à la hauteur.

Marrakech a été également l’occasion pour le ministre de revenir sur le souvenir de la qualité des relations qui prédominaient durant son enfance où, dans un même quartier vivaient, côte-à-côte, riches et pauvres unis et soudés dans le meilleur et dans le pire. S’il devait avoir à regretter quelque chose de cette époque -au risque d’être taxé de has been- ce sont bien sûr ces « relations humaines qui ont disparu. » a-t-il dévoilé à son confesseur.

Ce dernier va activer un autre marqueur que seuls quelques intimes en avaient la connaissance, à savoir sa passion pour la musique. La carapace de Téflon de MHE a eu du mal à s’ouvrir davantage cette fois-ci, il évite de trop s’étaler sur un terrain qui, normalement, paraîtrait comme un terrain de prédilection pour le virtuose du luth qu’il est.


MHE clôture cette conversation, en rappelant l’idée principale qu’il tenait à véhiculer : “J’ai vraiment changé, j’avais des ambitions matérielles fortes comme tout marocain. Je me rend compte aujourd’hui que l’argent, le pouvoir tout ça est éphémère. L’essentiel est de donner un sens à sa vie : si un steak fait du bien, deux steaks rendent malade”. Façon singulière de fustiger les excès.

Qu’il s’agisse d’une opération de communication huilée et bien orchestrée ou d’un vrai coming out sincère, cette humanisation de l’un des businessman les plus redoutables du Maroc, suivant les pas d’un Othman Benjelloun, et l’un des ministres qui pèsent le plus dans le gouvernement, sa sortie en mode conversation intimiste demeure, sans conteste, un événement politique de premier plan dans lequel des dizaines de messages cryptées ont été véhiculés.


Nawfal Laarabi