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Coronavirus: plus d’un millier de pèlerins juifs hassidiques coincés à la frontière entre le Bélarus et l’Ukraine

Le nombre de pèlerins juifs coincés à la frontière entre le Bélarus et l’Ukraine en raison des restrictions liées au coronavirus dépasse désormais le millier et d’autres continuent d’affluer, ont annoncé mercredi les deux pays.

Avec AFP

Venus principalement d’Israël mais aussi de France, de Grande-Bretagne et des Etats-Unis, ces juifs hassidiques espéraient participer à un pèlerinage à Ouman, dans le centre de l’Ukraine, mais se retrouvent bloqués dans le «no man’s land» entre les deux Etats à cause de la fermeture des frontières ukrainiennes du fait de la pandémie.

Les pèlerins sont passés par le Bélarus en pensant pouvoir contourner les restrictions mises en place par Kiev.

Coincés pour certains depuis plus d’une semaine dans des conditions précaires, leur sort fait craindre une crise humanitaire. Selon la Croix-Rouge bélarusse, les pèlerins n’ont pas «suffisamment de ressources pour subvenir à leurs besoins».

Des images transmises mardi à l’AFP par l’un des naufragés, Haim Weitshandler, montrent des groupes d’hommes et d’enfants assis ou allongés à même le sol de nuit, ou encore chantant devant un cordon de la police ukrainienne antiémeute.

1.064 citoyens israéliens

Des journalistes de l’AFP présents à la frontière ukrainienne mercredi ont constaté une présence importante de la police, de la garde nationale et des services de secours.

«Je respecte vos traditions, mais cette année vous ne pouvez pas vous rendre à Ouman. Je suis prêt à le répéter mille fois s’il le faut», a dit dans la nuit aux pèlerins le chef des gardes-frontières ukrainiens, Serguiï Deïneko.

Selon les gardes-frontières bélarusses, au moins 1.064 citoyens israéliens ont traversé la frontière depuis lundi, dont 242 enfants. «Le Bélarus a déployé des efforts maximaux pour fournir de la nourriture et des modules chauffants», ont-ils ajouté dans un communiqué.

Les gardes-frontières ukrainiens ont eux aussi estimé le nombre de pèlerins coincés dans la zone neutre à «environ 1.000», tout en disant avoir la situation “sous contrôle”.

Mardi, ils étaient environ 700.

Le président bélarusse, Alexandre Loukachenko, qui entretient des relations tendues avec l’Ukraine qu’il accuse d’avoir favorisé la grave crise politique actuelle dans son pays, a demandé à son gouvernement de négocier avec Kiev “l’ouverture d’un couloir” humanitaire pour les pèlerins jusqu’à Ouman.

Alexeï Dioubenkov, un porte-parole des gardes-frontières bélarusses cité par l’agence nationale Belta, a précisé que de nouveaux groupes de pèlerins continuent d’affluer vers la frontière toutes les heures.

Pas de situation tendue

«Il n’y a pas eu de provocation, pas de situation tendue depuis hier. Ils reçoivent périodiquement de l’eau potable et de la nourriture», a déclaré à l’AFP Andriï Demtchenko, porte-parole du service des gardes-frontières ukrainiens.

Chaque année à l’époque du Nouvel an juif, des dizaines de milliers de pèlerins se rendent à Ouman, dans le centre de l’Ukraine, pour se recueillir sur la tombe de Rabbi Nahman de Breslev (1772-1810), fondateur d’une branche du judaïsme ultra-orthodoxe, le hassidisme. Cette année, le pèlerinage est prévu du 18 au 28 septembre.

Les autorités ukrainiennes et israéliennes avaient appelé les juifs hassidiques à renoncer cette année à cause de la pandémie de nouveau coronavirus, d’autant que l’Ukraine a interdit pour un mois fin août l’entrée des étrangers sur son territoire à cause d’un rebond du nombre des contaminations.

Israël a de son côté réimposé dimanche un confinement national.

La situation à Ouman, ville de 80.000 habitants, était déjà difficile avant cet afflux. La semaine dernière, deux pèlerins avaient été expulsés pour avoir détruit des barrières installées près de la tombe de Rabbi Nahman, une mesure de distanciation mise en place à cause du Covid-19.

Selon la police, des milliers de pèlerins s’y trouvent actuellement malgré les restrictions. Les autorités prenaient la température de ceux qui se rendent sur la tombe tandis que des panneaux appelant à porter un masque étaient visibles, a constaté mardi un journaliste de l’AFP.

Israël scelle son entente avec les Emirats et Bahreïn à la Maison Blanche

Israël signe mardi à la Maison Blanche des accords historiques avec les Emirats arabes unis et Bahreïn qui bousculent les équilibres au Moyen-Orient, et sur lesquels compte Donald Trump pour se présenter en “faiseur de paix” à sept semaines de la présidentielle américaine.

AFP

Le président des Etats-Unis a tenu à organiser une cérémonie en grande pompe à Washington au cours de laquelle le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu doit formellement établir des relations diplomatiques entre l’Etat hébreu et ces deux pays arabes — première percée de ce type depuis les traités de paix avec l’Egypte et la Jordanie, en 1979 et 1994.

Une poignée de main historique entre le dirigeant israélien et les représentants arabes n’est pas exclue, a déclaré un haut responsable américain, soulignant que tous les participants auront auparavant été testés au coronavirus.

De nombreux Etats arabes pétroliers cultivent discrètement des liens avec les autorités israéliennes depuis des années, mais cette normalisation offre de riches opportunités, notamment économiques, à ces pays qui tentent de réparer les ravages de la crise du coronavirus.

“C’est une réussite de première classe”, assure David Makovsky, du cercle de réflexion Washington Institute for Near East Policy, tout en soulignant que cela “n’implique pas la même prise de risque” pour les Israéliens que celle acceptée par Menahem Begin, “lorsqu’il a abandonné le Sinaï” à l’Egypte, ou Yitzhak Rabin, lorsqu’il a accepté de négocier avec le Palestinien Yasser Arafat.

La “vision pour la paix” présentée en début d’année par Donald Trump, qui visait à mettre fin une fois pour toutes au conflit israélo-palestinien, est loin d’être couronnée de succès: l’Autorité palestinienne l’a rejetée en bloc et dénie au président américain le rôle même de médiateur depuis qu’il a enchaîné les décisions favorables à Israël.

Ce n’est plus le Moyen-Orient de papa, c’est une nouvelle région

L’actuel Premier ministre palestinien Mohammed Shtayyeh a d’ailleurs estimé que mardi serait un “jour sombre” dans l’histoire du monde arabe, dont il a fustigé les “fractures” et les “divisions”.

Les Palestiniens, qui dénoncent un “coup de poignard dans le dos” de la part de ces pays accusés de pactiser avec l’Etat hébreu sans attendre la naissance d’un Etat palestinien, ont appelé à des manifestations mardi.

Mais l’administration Trump avait toujours dit vouloir secouer la région plus profondément en rapprochant Israël et le monde arabe dans une sorte d’union sacrée contre l’Iran. Ces accords esquissent ce changement d’ère, et semblent reléguer la question palestinienne en arrière-plan, comme l’espérait la Maison Blanche.

Selon David Makovsky, “ce n’est plus le Moyen-Orient de papa, c’est une nouvelle région” où, fait extraordinaire, la Ligue arabe a refusé de condamner la décision des deux monarchies du Golfe.

“Les Palestiniens vont attendre de voir ce que donne l’élection américaine, mais quand la poussière retombera, ils devront repenser leur position”, estime cet ex-diplomate américain.

Ces accords sont une victoire pour Benjamin Netanyahu et rapprochent Israël de son objectif d’être accepté dans la région.

Pour Donald Trump, qui brigue un second mandat et n’avait jusqu’ici que peu d’avancées diplomatiques à présenter aux électeurs, c’est un succès reconnu jusque chez ses adversaires démocrates.

Depuis l’annonce le 13 août de l’accord israélo-émirati, suivie la semaine dernière par celle concernant Bahreïn, le camp du milliardaire républicain ne lésine pas sur les superlatifs pour vanter son action, digne à l’en croire du prix Nobel de la paix.

Des divergences sont toutefois déjà apparues sur les conditions entourant l’accord avec les Emirats. Aux yeux du pays du Golfe, Israël a accepté de “mettre fin à la poursuite de l’annexion des territoires palestiniens”.

Mais le Premier ministre israélien a lui affirmé qu’il n’avait “pas renoncé” à l’annexion de vastes pans de la Cisjordanie occupée, uniquement “reportée”.

De même, Benjamin Netanyahu a dit s’opposer, pour préserver la supériorité militaire de son pays dans la région, à la vente aux Emirats d’avions de chasse furtifs américains F-35 qu’Abou Dhabi veut acquérir.

Netanyahu n’a aucune intention de négocier avec les Palestiniens

Israël “doit négocier” la paix avec les Palestiniens mais Benjamin Netanyahu “n’a aucune intention” de le faire, soutient le chef de l’opposition Yaïr Lapid dans un entretien à l’AFP, accusant par ailleurs le gouvernement d’avoir “complètement échoué” à contenir la pandémie.

AFP

Comme l’ensemble de la classe politique israélienne, M. Lapid salue la normalisation des relations entre Israël et les Emirats arabes unis et Bahreïn, qui doit être signée mardi à Washington, mais estime que l’Etat hébreu doit simultanément entamer des pourparlers de paix avec les Palestiniens.

“Le gouvernement dit que nous sommes parvenus à des accords avec des pays sunnites modérés sans payer le prix de négocier avec les Palestiniens. Ce que je dis est la chose suivante: il ne s’agit pas d’un prix à payer, mais de l’intérêt d’Israël de négocier avec les Palestiniens”, a déclaré lundi soir M. Lapid à son bureau au Parlement à Jérusalem.

“Mais les Palestiniens doivent aussi comprendre qu’ils ne peuvent plus s’asseoir sur leurs chaises et attendre que le monde arabe et la communauté internationale fassent le travail à leur place (…) Ils doivent être proactifs et cesser de jouer aux éternelles victimes”, tranche-t-il.

“Les Palestiniens n’auront pas 100% de ce qu’ils veulent, Jérusalem, le droit au retour (des réfugiés) et les frontières de 1967, cela ne fonctionnera pas, mais il faut qu’ils retournent à la table des négociations et nous devons retourner à la table des négociations”, ajoute le leader centriste de la formation Yesh Atid-Telem.

“Je le dis crûment: nous devons aller de l’avant et discuter avec les Palestiniens sur la base de la solution à deux Etats (…) Mais ce gouvernement n’a aucune intention de négocier avec les Palestiniens car pour Netanyahu c’est un danger politique, et avec ses ennuis juridiques (il est jugé pour corruption, NDLR) il a besoin de sa base électorale et celle-ci s’oppose à tout accord” avec les Palestiniens.

Netanyahu négocie tout seul avec les Emirats et le Bahreïn

Après les dernières élections en mars, les associés de Yaïr Lapid, dont le ministre de la Défense Benny Gantz et le chef de la diplomatie Gabi Ashkenazi, ont quitté son navire politique pour rejoindre M. Netanyahu et former avec lui un gouvernement d’union.

“Ils ont fait une erreur et ils le savent à présent. Je leur avais dit: j’ai travaillé avec Netanyahu et il ne vous laissera pas avoir les mains sur le volant.”, a dit cet ex-ministre des Finances de M. Netanyahu.

Un exemple? “Il a négocié des accords (…) avec les Emirats et après Bahreïn sans même leur dire”, affirme M. Lapid, ex-journaliste vedette à la télé dont la mâchoire saillante, les épaules carrées et les cheveux grisonnants lui confèrent des airs de George Clooney lorsqu’il sirote son expresso en costard.

Or le gouvernement d’union Netanyahu, avec ses 36 ministres, est un “monstre bureaucratique” qui n’a pas su gérer la crise du coronavirus, soutient M. Lapid dans son bureau décoré de photos de lui avec Emmanuel Macron, Boris Johnson, Angela Merkel, Joe Biden, l’ancien ténor républicain John McCain. Mais pas de Donald Trump…

Champion de la lutte anticoronavirus aux premiers jours de la pandémie, Israël a vu le nombre de contaminations exploser ces dernières semaines au point de devenir le deuxième pays au monde ayant recensé le plus de cas per capita, derrière Bahreïn.

La hausse a poussé le gouvernement à devenir le seul pays à rétablir un confinement général de trois semaines, une mesure mal reçue par de nombreux Israéliens.

“C’est une mesure agressive, qui dévaste l’économie et n’est pas utile pour stopper l’épidémie. La seule raison pour laquelle le gouvernement impose un reconfinement c’est qu’il est complètement perdu (…), qu’il a complètement échoué à gérer le coronavirus”, accuse M. Lapid.

Netanyahu, une popularité en chute

Ces dernières semaines, des dizaines de milliers d’Israéliens ont pris la rue pour demander le départ du Premier ministre en raison de son procès pour corruption, mais aussi de la gestion, économique et sanitaire, de la pandémie.

Les manifestations innervent le pays après le shabbat, les samedis soirs, à Jérusalem devant la résidence officielle de Benjamin Netanyahu, et sur les ponts dans un chapelet de villes. Yaïr Lapid a jusqu’à présent évité les rassemblements de Jérusalem, mais a fait la tournée des ponts.

Depuis ces manifestations, le taux de popularité de Benjamin Netanyahu a chuté mais son parti, le Likoud, reste en tête des sondages. Les troupes de Yaïr Lapid font du surplace en troisième position.

“Ce n’est pas assez (…) Je dois être en mesure d’avoir un message assez clair pour tirer profit” des manifestations, reconnaît-il, soutenant que Benjamin Netanyahu n’a jamais gagné d’élections lorsque les indicateurs économiques sont au rouge, ce qui est actuellement le cas.

Accord Israël/Hamas pour mettre fin à un mois d’échanges de tirs à Gaza

Le mouvement islamiste palestinien Hamas et les autorités israéliennes ont annoncé lundi soir un accord pour mettre un terme à près d’un mois d’échanges de tirs quasi-quotidiens dans et autour de la bande de Gaza.

“Au terme de dialogues et de différents contacts, le dernier en date avec l’émissaire du Qatar Mohammed el-Emadi, un accord a été conclu pour contenir l’escalade et mettre fin à l’agression sioniste contre notre peuple”, a indiqué dans un communiqué le bureau du chef politique du Hamas à Gaza, Yahya Sinouar.

L’armée israélienne bombarde presque toutes les nuits depuis le 6 août dernier la bande de Gaza en représailles à des lancers de ballons incendiaires, voire des tirs de roquettes, depuis ce territoire palestinien vers Israël.

Ces échanges avaient fait quelques blessés mais aucun mort direct hormis quatre combattants du Jihad islamique, second groupe islamiste armé de Gaza, décédés dans l’explosion d’une bombe qu’ils destinaient à Israël.

En réponse aux ballons incendiaires, qui ont déclenché plus de 400 incendies en Israël selon une compilation des bilans des services des pompiers, l’Etat hébreu avait aussi resserré son blocus de Gaza en vigueur depuis plus d’une décennie.

Les autorités israéliennes avaient notamment interdit ces dernières semaines l’accès à la Méditerranée aux pêcheurs gazaouis, fermé Kerem Shalom, seul point de passage des marchandises vers Gaza depuis Israël, et stoppé les livraisons de carburant à ce territoire palestinien, ce qui a obligé la seule centrale électrique de la bande de Gaza à fermer.

Cette montée des tensions à Gaza s’est doublée dans la dernière semaine de premiers cas de Covid-19 hors des “centres de quarantaine” locaux, faisant craindre une propagation rapide du virus sur un territoire réduit, densément peuplé et où la moitié des deux millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, de surcroît bombardé et privé d’électricité.

Dans la foulée de l’annonce du Hamas, le Bureau de coordination des activités du gouvernement israélien dans les Territoires palestiniens (Cogat) a confirmé la réouverture de Kerem Shalom, la livraison dès mardi de carburant à Gaza, et la reprise de la pêche en Méditerranée à l’intérieur de 15 milles nautiques.

Médiateurs qataris et égyptiens

Selon une source au sein du Hamas requérant l’anonymat, la livraison de carburant permettra de mettre en marche dès mardi la centrale électrique de Gaza.

Toujours selon cette source, l’ensemble des factions palestiniennes présentes dans la bande de Gaza ont convenu de cesser les tirs de ballons incendiaires et de projectiles.

“Si le Hamas, qui est responsable de toutes les mesures prises dans la bande de Gaza, échoue à (remplir) ses obligations (de restaurer le calme), Israël agira en conséquence”, ont prévenu lundi soir les autorités israéliennes.

Une délégation égyptienne s’était rendue il y a deux semaines à Gaza et à Tel-Aviv pour tenter de calmer le jeu entre le Hamas et Israël qui se sont déjà livré trois guerres (2008, 2012 et 2014).

Puis la semaine dernière, l’émissaire du Qatar pour la bande de Gaza, Mohammed el-Emadi avait mené un nouveau round de pourparlers pour éviter que la situation ne dégénère à nouveau.

Lundi, il a salué le rôle majeur de la direction du Hamas dans la conclusion d’un accord. Le mouvement a pris en compte “les conditions de vie difficiles des habitants de Gaza, surtout au regard de la propagation du coronavirus”, a souligné l’émissaire qatari dans un communiqué.

35 millions de dollars par mois pour le Hamas payé par le Qatar

Sous l’égide du Qatar, de l’Egypte et de l’ONU, le Hamas et Israël avaient convenu l’an dernier d’un accord de trêve qui prévoit une aide mensuelle de 30 millions de dollars, payée par les Qataris, à Gaza, ainsi qu’une série de projets économiques pour juguler le chômage qui y dépasse les 50%.

Selon une source au sein du mouvement, le financement du Qatar passera de 30 à 35 millions de dollars par mois. Et selon le bureau de Yahya Sinouar, des “projets” seront plus tard annoncés.

Le Hamas souhaite notamment l’extension d’une zone industrielle à Gaza et une hausse des permis permettant à des ouvriers gazaouis d’aller travailler en Israël, séparé de l’enclave par une barrière hautement sécurisée.

L’an dernier, l’Etat hébreu avait accordé environ 5.000 permis de travail à des Gazaouis. Et lors de discussions via le Qatar, le Hamas a dit vouloir doubler ce nombre une fois traversée la crise du nouveau coronavirus.

Emirats: Kushner visite la base des F-35 très convoités

Le conseiller de la Maison Blanche Jared Kushner a visité mardi la base aérienne d’Al Dhafra, près d’Abou Dhabi, où sont stationnés des avions de chasse américains F-35, que les Emirats arabes unis veulent acquérir. Mais Israël, leur nouveau partenaire, renâcle.

Le gendre du président américain Donald Trump est arrivé à Abou Dhabi lundi à la tête d’une délégation américano-israélienne en provenance de Tel-Aviv, à bord d’un avion de la compagnie israélienne El Al assurant le premier vol commercial direct entre les deux pays.

Il a ensuite rencontré le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit “MBS”, avec lequel il a parlé de “la reprise des négociations entre Palestiniens et Israéliens”, selon l’agence saoudienne SPA. Cette rencontre intervient alors que Ryad et l’Etat hébreu ont annoncé le 13 août un accord de normalisation de leurs relations.

Israël, qui a reçu ces dernières années des livraisons de F-35, a démenti des informations de presse selon lesquelles l’accord dépendait de la vente de cet avion furtif américain aux Emirats.

Historiquement, Israël s’oppose à la vente de F-35 aux autres pays du Moyen-Orient, y compris à la Jordanie et à l’Egypte (pays avec lesquels il a signé des accords de paix), car il veut y maintenir sa supériorité technologique.

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a martelé que l’accord avec les Emirats n’incluait pas de clause concernant le F-35, affirmant avoir reçu “des garanties” des Etats-Unis que “l’avance” militaire de son pays serait maintenue.

C’est la politique du “Qualitative military edge” (QME) — “avantage militaire qualitatif” — appliquée depuis les années 1960 par les Etats-Unis, qui l’ont même gravée dans la loi il y a deux ans.

Jared Kushner a assuré dès lundi que les Etats-Unis entendaient maintenir cet avantage “tout en faisant progresser nos relations militaires avec les Emirats”, précisant que le sujet serait discuté dans les prochaines semaines.

Vision commune de la menace qui pèse sur des intérêts communs

La base d’Al Dhafra, la plus grande base aérienne des Emirats, abrite des appareils des forces émiraties, américaines et françaises. C’est la première du Moyen-Orient où le F-35 a été déployé, en 2019.

“Que les relations avec l’Amérique continuent à se développer et ensemble, grâce à leur solidité, (…) grandissent tandis que nous apportons davantage de paix et de prospérité au Moyen-Orient et au-delà”, a écrit Kushner sur le livre d’or du site militaire.

Si les Emirats sont le premier pays du Golfe à normaliser leurs relations avec Israël, ses voisins ont aussi noué des liens de plus en plus publics ces dernières années avec l’Etat hébreu par intérêt économique et sécuritaire mais aussi, pour certains, du fait d’une inimitié commune à l’égard de l’Iran.

En accueillant Kushner et le conseiller américain à la sécurité nationale, Robert O’Brien, sur la base aérienne, le général de division émirati, Falah Al Qahtani, a présenté son pays comme un partenaire fiable dans une région “complexe et instable”.

“Notre relation est fondée sur une vision commune de la menace qui pèse sur nos intérêts communs. Nous sommes amis. Nous sommes des partenaires stratégiques. Nous sommes pareils”, a ajouté celui qui est sous-secrétaire adjoint au ministère émirati de la Défense.

Sans la possibilité d’acheter le F-35, MBZ n’aurait pas signé l’accord de normalisation

Une querelle à propos du F-35 pourrait être le premier écueil dans la lune de miel des deux nouveaux partenaires.

M. Netanyahu s’est clairement opposé à ce que les Emirats soient les prochains sur la liste des acquéreurs. Et il a enfoncé le clou le 24 août, en présence du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo: “Je dois dire simplement que cet accord ne comprend pas l’acceptation par Israël d’un quelconque accord sur des armes”.

Le ministre d’Etat émirati des Affaires étrangères, Anwar Gargash, a pourtant affirmé que la question était “sur la table”, rappelant qu’Abou Dhabi faisait part de son intérêt pour le F-35 depuis six ans.

Pour Yoel Guzansky, analyste à l’Institut d’études de sécurité nationale en Israël, la question est en effet au centre de l’accord israélo-émirati considéré comme un accomplissement de l’administration Trump.

“Sans la possibilité d’acheter le F-35, (les Emiratis) n’auraient pas signé l’accord” de normalisation, a-t-il déclaré à l’AFP.

Avec AFP

Saëb Erakat accuse la police israélienne d’avoir exécuté son neveu

Saëb Erakat, secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a indiqué à l’AFP que son neveu Ahmad Erakat avait été «exécuté» par la police israélienne le jour du mariage de sa soeur, tenant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu pour «responsable de ce crime».

La police israélienne a affirmé mardi avoir abattu un Palestinien qui a mené selon elle une attaque contre ses forces près de Jérusalem, une version démentie par son oncle, Saëb Erakat, ancien le chef des négociateurs palestiniens du temps du président Yasser Arafat.

Selon Erakat, son neveu se rendait à Bethléem pour aller chercher sa soeur, dont c’était le jour de mariage, à un rendez-vous chez le coiffeur lorsqu’il a été tué à un point de contrôle de la police des frontières israéliennes, à la sortie de Jérusalem en Cisjordanie occupée.

Le jeune homme devait lui-même se marier plus tard dans la semaine, a précisé à l’AFP Saëb Erakat, jugeant «impossible» que son neveu veuille commettre une telle attaque à quelques jours de ses noces.

Version israëlienne

Le porte-parole de la police israélienne Micky Rosenfeld avait affirmé qu’un «terroriste a conduit rapidement son véhicule en direction d’une policière qui a été légèrement blessée».

«Les officiers sur place ont riposté et le terroriste a été tué», a précisé Micky Rosenfeld, sans communiquer l’identité de l’assaillant et indiquant seulement qu’il était âgé de 27 ans.

En soirée, des heurts ont éclaté à Abou Dis, près du lieu où le Palestinien a été tué. L’armée israélienne a tiré des grenades de gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc.

Dans un communiqué, une autre responsable palestiniennne, Hanane Achraoui, a appelé la communauté internationale à prendre des «mesures concrètes» contre Israël après la mort du Palestinien. «Il est temps pour le monde de demander des comptes à Israël et de s’assurer que justice soit faite pour les victimes palestiniennes», a-t-elle dit.

La mort d’Ahmad Erakat intervient une semaine avant une échéance clé pour le projet israélien controversé d’annexion de pans de la Cisjordanie, un territoire palestinien occupé depuis 1967 par l’Etat hébreu.

Le gouvernement israélien doit en effet présenter à partir du 1er juillet sa stratégie pour traduire dans les faits le plan de l’administration Trump pour le Proche-Orient, qui prévoit l’annexion des colonies israéliennes et de la vallée du Jourdain en Cisjordanie.

Si l’Etat hébreu va de l’avant avec son projet, qui constitue une «violation du droit international», cela mènera à de grandes tensions régionales et Israël en «subira les conséquences», avait affirmé lundi Saëb Erakat à l’AFP.

Avec AFP

Coronavirus : Israël encadre les juifs de France et des États-unis

Télémédecine, oxymètres, masques: Israël tente d’exporter son modèle de gestion de la crise du Covid-19 dans la diaspora juive en France et aux Etats-Unis avec l’espoir d’y freiner la propagation du virus, dans des communautés parfois frappées de plein fouet.

Le monde juif célèbre de jeudi soir à samedi soir Chavouot, la Pentecôte juive, avec des rassemblements prévus dans les familles et les synagogues. En Israël, où écoles, bars et cafés ont rouvert, les synagogues pourront aussi accueillir les fidèles pour ces célébrations.

Ce qui ne sera peu ou prou le cas en France, où le Consistoire de Paris a appelé les synagogues à une «réouverture progressive à partir du 4 juin» et «en faibles effectifs», selon une lettre récente consultée par l’AFP.

Israël, pays majoritairement juif de neuf millions d’habitants, compte environ 280 morts du Covid-19, un bilan inférieur à ceux d’autres communautés juives comme celle de France, la première d’Europe, ou de New York, la plus importante en Amérique du Nord.

L’Etat hébreu présente par ailleurs un ratio de 31 morts/million d’habitants, contre 310 pour les Etats-Unis et 427 en France.

L’Agence juive pour Israël mobilisée

Ces derniers jours, l’Agence juive, qui se consacre à l’immigration des Juifs en Israël, a mis sur pied un partenariat avec deux autres organisations locales, l’Institut scientifique Weizmann et les services de santé Clalit, pour tenter d’exporter aux communautés juives de l’étranger le modèle israélien en matière de lutte contre le virus.

«L’idée fondamentale est de tenter d’expliquer à la communauté juive qui a été, en proportion, plus touchée que la moyenne de la population en France, aux Etats-Unis, principalement à New York, (…) l’expérience des docteurs et des scientifiques en Israël», indique à l’AFP Amos Hermon, un cadre de l’Agence juive.

«Nous pensons qu’Israël a pris les mesures essentielles (pour endiguer la crise, NDLR) (…). Nous souhaitons donc partager cette connaissance, ce savoir, avec d’autres communautés qui ont été très affectées», ajoute-t-il.

Notre mission aujourd’hui est de faire en sorte que chaque juif soit relié à Israël, peu importe où il se trouve dans le monde, afin qu’il puisse continuer à jouer un rôle majeur dans l’histoire du peuple juif.

Agence juive pour Israël

Des responsables israéliens ont recommandé de retarder l’ouverture des synagogues en France et proposé un modèle de comités médicaux chargés d’y suivre l’état de santé des juifs, selon des sources ayant eu accès à une réunion Zoom entre le président du consistoire de Paris, Joël Mergui, et des cadres de l’Etat hébreu.

Objectif: déceler des malades potentiels avant qu’ils ne se rendent dans des synagogues et contaminent d’autres personnes et ce, en favorisant l’usage des oxymètres, appareils permettant de mesurer, par le doigt, le taux d’oxygène dans le sang et déterminer si l’état de santé d’un patient se détériore.

En Israël, les autorités sanitaires ont mis en place des unités de télémédecine afin de maintenir chez elles les personnes contaminées par le Covid-19.

Les patients, munis d’oxymètres, sont contactés deux fois par jour par des équipes médicales qui leur demandent de leur signaler les relevés. Si le taux d’oxygène diminue dans le sang, c’est que l’état du patient se détériore et ce dernier est amené à l’hôpital.

Coronavirus israélien : 70% américain et 30% européen

«L’idée fondamentale est d’avoir un médecin en contact quotidien avec les patients afin d’évaluer les signes de détérioration de son état de santé (…). L’oxymètre, c’est l’outil», note Boaz Katz, de l’Institut Weizmann.

Les mesures de confinement et de distanciation physique prises au début de la crise ainsi que le développement de la télémédecine ont contribué au modèle israélien de gestion de la crise, estiment des spécialistes interrogés par l’AFP.

Et il y a aussi la «rapidité de la réponse», note Yair Schindel, membre de la force d’intervention mise sur pied par le gouvernement pour gérer la sortie de la pandémie. «Fermez-vous les sites rapidement? Mettez-vous en place un confinement rapidement? Arrivez-vous à rapidement imposer le masque à la population?», explique à l’AFP ce responsable qui planche sur des scénarios pour atténuer les effets d’une possible «seconde vague».

Le programme ne vise pas l’achat –du moins pas à ce stade– par Israël d’oxymètres pour la diaspora juive, mais le resserrement des liens. Et ces échanges visent peut-être, aussi, à mieux comprendre l’émergence et l’évolution du virus en Israël.

Selon une étude de l’Université de Tel-Aviv, environ 70% des personnes diagnostiquées avec le virus dans le pays ont été infectées par une souche provenant des Etats-Unis, et 30% d’Europe, principalement de France et de Belgique.

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