Référendum catalan : la fébrilité de Madrid fragilise l’Europe

Les vieux pouvoirs représentant les vieux modèles d’une vieille Europe ont atteint leurs limites. Il est intéressant de voir le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, s’obstiner dans le déni et estimer que le référendum pour l’indépendance de la Catalogne “n’a pas eu lieu.” En effet, quels que soient les résultats du scrutin, aucun pays au monde n’en reconnaîtra l’issue. Mais la machine indépendantiste ne s’arrêtera pas là pour autant. Une dynamique s’est installée. Et il appartient aux dirigeants de l’Europe de comprendre que les générations du XXIe siècle diffèrent totalement de celles du XXe, et leur référentiel n’est plus celui de la phase post-IIGM mais plus proche à une sorte d’ubérisation de la géographie et de l’histoire, qui donne libre cours aux peuples de choisir leur destinée.

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La preuve de cette impuissance des gouvernements européens, et notamment espagnol, demeure la réaction violente du gouvernement Rajoy vis-à-vis des catalans, attitude qui fragilise davantage l’exécutif de Madrid qui n’a pas réussi à favoriser un canal de dialogue avec les courants indépendantistes de la province catalane.

Si l’Union européenne a gardé une certaine neutralité face à ce défi majeur qu’elle affronte c’est qu’elle ne peut pas oublier, ni nier le rôle qu’elle a eu dans le morcellement de plusieurs pays du vieux continent. À comment par l’ex-Yougoslavie. Tout le monde en Europe a applaudi l’éclatement de ce grand pays sous couvert du droit des peuples à l’autodétermination et à la liberté. De même pour la Tchécoslovaquie divisée en deux pays. Sans oublier la chute de l’Union soviétique et l’indépendance d’un coup de près de 15 républiques de l’ex-URSS.

En plus d’une rétrospective géographique et historique, l’Europe a besoin de faire une introspection dans ses idéaux et ses valeurs, une sorte d’autocritique éthique et intellectuelle, pour dire au monde ce qu’elle désire vraiment et comment veut-elle y arriver. Aujourd’hui l’histoire n’attend pas. La pression et la rapidité d’évolution des événements sont telles que les peuples ne peuvent plus attendre. La superpuissante Chine est prête. Les USA sont en déclin en terme d’influence. L’Afrique, jeune, fera l’avenir. Le Moyen-Orient, en décomposition, est une source d’instabilité pour le monde. Et l’Europe, si elle ne revoit pas d’urgence son modèle politique et social, elle sera condamnée à une recomposition géographique et humaine, pour ne pas dire un éclatement, comme ce fut le cas lors de la première Guerre mondiale, il y a un siècle de cela. Il s’agit d’une répétition, une réédition de l’Histoire. Phénomène naturel dans le cycle de vie des peuples et des Nations.

L’affaire de la Catalogne n’est qu’un avertissement, une sonnette d’alarme. Avec les médiations européennes qui s’organisent, le dossier sera réglé incessamment mais pas définitivement. Le défi identitaire est fortement présent et ne pourra jamais être résolu par la force. C’est aussi une leçon pour Madrid et l’ensemble de l’Occident. Les anciennes puissances coloniales ont cette facilité, cette mauvaise manie, de s’immiscer dans les affaires intérieures des anciennes colonies qu’elles estiment être toujours sous leur tutelle. Et aujourd’hui qu’une frange de leur propre population demande un droit, que ces mêmes puissances défendent chez autrui, elles paniquent et perdent leur aura démocratique et se confondent en antagonismes entre autres hypocrisies.

“Il faut savoir gérer les inconvénients de vastes desseins”, tel doit être le leitmotiv qui guidera l’Europe vers une reconfiguration de fond en comble de sa philosophie, au risque de disparaître. Et le Brexit représente cette cellule cancéreuse qu’on a l’impression de pouvoir guérir à coup de chimiothérapie et de radiothérapie oubliant que le dernier bilan sanguin et radiologique fait état d’une métastase.

Abdellah El Hattach

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