Quel rôle pour Valerian Shuvaev Vladimirovich, nouvel ambassadeur de Russie au Maroc ?

Dans un communiqué laconique, le Kremlin a annoncé, le 24 avril 2018, que le président russe, Vladimir Poutine, a décidé de décharger de ses fonctions l’ambassadeur de la Fédération de Russie au Maroc, Valery Vorobiev. Dans la foulée, et via le même décret présidentiel, le président Poutine a nommé Shuvaev Valerian Vladimirovich comme nouveau chef de la mission russe à Rabat. L’ancien ambassadeur Valery Vorobiev, qui se trouvait exceptionnellement à Moscou quand il a été mis fin à ses fonctions, est un grand ami du Maroc où il a tissé beaucoup de liens avec la classe politique marocaine et la société civile.

Brutalement limogé par le président russe, Valery Vorobiev, qui aura passé cinq ans dans le royaume, a toujours loué l’importance stratégique du Maroc dans l’échiquier complexe du Moyen-Orient. Il n’a eu de cesse de saluer le rôle central de Rabat dans la lutte anti-terroriste et contre l’extrémisme. Il a aussi profité de toutes les tribunes qui lui étaient offertes –notamment à la Conférence annuelle des ambassadeurs russes à Moscou-pour mettre en exergue les efforts du Maroc dans le maintien de la paix et de la stabilité dans une région MENA explosive. Son licenciement sans ménagement laisse pantois les observateurs, surtout qu’il venait d’apporter, récemment, son soutien franc au Maroc pour sa candidature à l’organisation de la Coupe du Monde 2026.

Rabat et Moscou seraient-ils en froid ? Le récent report sine die, à la demande de la Russie, de la discussion au Conseil de sécurité de l’ONU de la Résolution sur le Sahara soulève des interrogations. Le texte, dont une des moutures était globalement favorable au Maroc, se trouvait sur la bonne voie pour être voté et adopté en plénière. Mais, coup de théâtre, le représentant russe à l’ONU, Vasily Nebenzya, sur instruction de son gouvernement, a fait bloc contre le texte et stoppé le processus de vote. Le jour même, l’ambassadeur russe à Rabat, Valery Vorobiev, est remercié et remplacé illico presto par le puissant Shuvaev Valerian Vladimirovich, directeur Moyen-Orient et Afrique du Nord au ministère russe des Affaires étrangères.

Ce changement d’attitude brusque de Moscou, voire une réorientation de sa politique étrangère vis-à-vis de Rabat, intervient au paroxysme de la confrontation diplomatique entre les Etats-Unis et la Russie sur plusieurs dossiers : Syrie, Iran, Yémen, Ukraine etc., et quelques semaines après un intense ballet diplomatique entre Rabat et Moscou : 1) Message écrit, le 3 avril, du roi Mohammed VI au président russe Vladimir Poutine remis, à Moscou, par Abdellatif Loudiyi, ministre délégué chargé de l’Administration de la Défense nationale, au vice-ministre russe des Affaires étrangères, Mikhail Bogdanov ; 2) Rencontre à Dhahran, en marge du 29e Sommet arabe tenu en Arabie saoudite, entre Nasser Bourita et Mikhail Bogdanov, vice-ministre russe des Affaires étrangères et envoyé présidentiel spécial pour le Moyen-Orient et l’Afrique du nord ; 3) Rencontre, le jour du limogeage de Valery Vorobiev, soit le 24 avril, et à la demande du Maroc, de Abdelkader Lachhab, ambassadeur du royaume à Moscou avec Sergueï Verchinin, numéro 3 des Affaires étrangères russes. Ces intenses activités diplomatiques de la part de Rabat prouvent que Moscou tramait quelque chose en secret qui allait à l’encontre des intérêts du royaume. D’ailleurs, le 24 avril, le Conseil de sécurité de l’ONU, sur demande russe, reportait la discussion de la Résolution sur le Sahara.

Il faut dire qu’Alger a pesé de tout son poids et fait un grand forcing sur ce dossier-là. Le 19 février dernier, le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, était à Moscou pour y rencontrer son homologue, Sergueï Lavrov et le secrétaire du Conseil de sécurité nationale russe, Nikolaï Patrouchev. L’ambassadeur marocain, Abdelkader Lachhab, a vite rétorqué à cette offensive en provoquant pas moins de trois rencontres en moins d’un mois avec les hauts responsables de la diplomatie russe, notamment les numéros 2 et 3, respectivement Mikhail Bogdanov et Sergueï Verchinin. Pour sa part, Nasser Bourita s’était muni de son bâton de pèlerin pour se diriger à Washington et y rencontrer d’urgence le secrétaire d’Etat américain par intérim John J. Sullivan.

Aujourd’hui, Shuvaev Valerian Vladimirovich est le nouvel ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la Fédération de Russie au Maroc. Il rejoindra Rabat dans les prochains jours pour y exercer ses fonctions. Ce sexagénaire, spécialiste du monde arabe, est un ancien ambassadeur de son pays en Libye du temps de Kaddafi dont il était très proche. Shuvaev Valerian a également passé quatre ans en Irak en tant qu’ambassadeur russe à Baghdad où il a joué un rôle fondamental dans la réconciliation des différents belligérants et autres protagonistes politiques. Principal interlocuteur de l’Iran en Irak, Shuvaev Valerian est connu pour sa discrétion et sa grande capacité de travail. Cet homme secret, qui traîne derrière lui une expérience de 40 ans dans les rouages de la diplomatie et du renseignement russes, arrive à Rabat à un moment délicat de la relation entre la Russie et le Maroc. Son rôle sera-t-il de redonner vie au partenariat stratégique entre les deux pays alors que Rabat est aligné militairement avec le bloc de l’ouest, renforcé par les derniers exercices de AfricaLion2018 ? Ou bien est-il muni d’une nouvelle feuille de route pour toute la région de l’Afrique du nord en phase avec l’hégémonie russe grandissante allant du Levant au Détroit de Gibraltar ?

Abdellah El Hattach

Abdellah El Hattach

Directeur de publication at LE1
Directeur de publication du www.le1.ma . Consultant en relations publiques . Editorialiste et analyste politique . Ancien journaliste au sein des publications arabophones Al-Massae et Al-Akhbar, et ancien Directeur de la Rédaction de l’hebdomadaire francophone PUCE MAGAZINE . Ancien correspondant de plusieurs agences de presse internationales
Abdellah El Hattach
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Directeur de publication du www.le1.ma . Consultant en relations publiques . Editorialiste et analyste politique . Ancien journaliste au sein des publications arabophones Al-Massae et Al-Akhbar, et ancien Directeur de la Rédaction de l’hebdomadaire francophone PUCE MAGAZINE . Ancien correspondant de plusieurs agences de presse internationales

1 Comment

  1. Je crois qu’un nouvel ambassadeur doit recevoir l’accord du pays d’accueil : ce nouveau diplomate ne peut donc débarqué à Rabat comme s’il était nommé par Poutine gouverneur d’une province …Votre article ne semble pas très crédible du fait de cette erreur !

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