Pour le Maroc, la sécurité du continent africain est une et indivisible

Depuis deux jours, Rabat abrite un séminaire portant sur «l’amélioration des méthodes de travail du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS) de l’Union africaine.» Organisé par le ministère des Affaires étrangères en collaboration avec l’Université Mohammed V de Rabat, et la participation de diplomates, d’experts et chercheurs universitaires, ce séminaire arrive à point nommé et à un tournant de l’histoire du continent africain de ce début du XXIème, marqué par divers défis et conflits auxquels l’Afrique doit faire face non pas en rangs dispersés mais un esprit de solidarité.


Dans son allocution inaugurale, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita a été cartésien dans son discours et sa méthode pour réformer le CPS et l’UA pour être mieux armés à répondre aux défis et attentes du continent.

D’entrée de jeu, le ministre a annoncé la couleur en soulignant que l’organisation de ce séminaire s’inscrit dans une triple logique : célébrer notre retour à l’UA et l’entrée du Maroc au sein du CPS; créer un esprit de réflexion inclusive, portant sur les voies et moyens d’améliorer les méthodes de travail de ce Conseil et enfin, associer d’autres acteurs à cette réflexion.

Il a relevé à cet égard que l’élection du Maroc au CPS intervient dans un contexte particulier et, surtout, dans un délai record après le retour du Royaume au sein de sa famille institutionnelle, l’UA.

Il a ajouté que cette élection constitue à la fois une reconnaissance du leadership du roi Mohammed VI, un témoignage de confiance fort des Etats frères africains et une expression de l’appréciation de l’engagement concret et de longue date du royaume sur le continent africain.

La réforme du CPS ne peut être dissociée de la réforme plus large de l’Union Africaine

Le ministre a rappelé l’engagement pris par le souverain lors de la 28ème Sommet de l’UA, « Vous le constaterez : dès que le Royaume siègera de manière effective, et qu’il pourra apporter sa contribution à l’agenda des activités, son action concourra, au contraire, à fédérer et à aller de l’avant ».

Les priorités du continent africain ne se hiérarchisent pas

Bourita a précisé que l’entrée du Maroc au CPS n’est pas motivé par un souci sélectif ou avec un «menu à la carte ». Cette entrée émane d’un engagement total en indiquant qu’« aucune crise, aucune tension, aucun conflit n’est marginalisé, laissé de côté, ou relégué au second plan des priorités. Les priorités du continent africain ne se hiérarchisent pas. Elles bénéficient de la même attention car pour le Royaume la sécurité du continent est une et indivisible » a-t-il dit.

A cet égard, le ministre a rappelé le contexte de l’élection du Maroc au CPS, contexte marqué malheureusement par le sceau de l’insécurité, du terrorisme et de conflits.

Il a énuméré les divers maux dont souffre l’Afrique et ont pour nom : prolifération des conflits, multiplication des acteurs non étatiques menaçant la souveraineté et l’intégrité territoriale des Etats, exacerbation du terrorisme, changements climatiques, etc.

Le CPS ne peut être l’apanage d’un seul pays, c’est une propriété collective

En fait, des défis multidimensionnels qui interpellent, avec acuité, la capacité du CPS, à prévenir, préserver, maintenir et consolider la paix et la sécurité en Afrique, a encore souligné Bourita en relevant que la réforme du CPS ne peut être dissociée de la réforme plus large de l’Union Africaine. Et c’est, en ces termes, que le Maroc conçoit cet exercice, qui voit les réformes s’imbriquer, de manière complémentaire, globale et intégrée, a-t-il dit.

L’Afrique est aujourd’hui à la croisée des chemins et elle est condamnée dans le bon à lancer de manière résolue un aggiornamento des institutions panafricaines. Le processus de réforme engagé au sein de l’UA s’impose, en effet, comme une nécessité impérieuse a estimé le ministre.

Le rapport du Président rwandais Paul Kagamé est porteur d’une vision transformatrice

Il a rappelé à ce titre que la réforme doit porter en elle-même un élément de réponse à chaque défi qu’il soit sécuritaire, politique, environnemental ou autre. En fait il s’agit d’une réponse « personnalisée ».

Le chantier de la réforme doit poser les jalons d’une Union Africaine forte, fondée sur une volonté politique ferme et articulée autour d’une vision stratégique progressiste.

Les Etats africains doivent mettre en place une véritable « afrocratie » basée sur l’excellence au sein du service public africain

Le ministre en veut pour preuve à cette démarche le rapport du Président rwandais Paul Kagamé. Porteur d’une vision transformatrice, il pose, sans ambiguïté, les limites des structures de l’UA, et propose des recommandations concrètes et pragmatiques, visant à garantir l’avenir de l’organisation.

D’autre part, Nasser Bourita a mis en garde les participants et par ricochet les décideurs politiques africains en soulignant que la réforme de l’UA ne concerne pas uniquement son fonctionnement. Elle porte aussi sur sa gouvernance. Il faut impérativement éviter que la Commission de l’UA ne se transforme en « Etat dans l’Etat ». Pour cela, les Etats africains doivent mettre en place une véritable « afrocratie » basée sur l’excellence au sein du service public africain, qui sert l’ensemble des Etats africains, et dépasse, par la même, les seuls agendas nationaux a dit en substance le ministre. Le CPS ne peut être l’apanage d’un seul pays, c’est une propriété collective, a martelé Bourita.

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