L’Egypte singe maladroitement le Maroc

Le nouvel ambassadeur d’Egypte à Abuja, Assem Hanafi, qui n’a pas encore remis ses Lettres de créance au président Muhammadu Buhari, tente de jouer la montre en vue de greffer l’économie de son pays à celle du Nigeria et se dit « préoccupé par le faible volume des échanges entre leurs deux pays», appelant à des «mesures substantielles pour améliorer cette situation».

Assem Hanafi, désigné par le maréchal Abdelfattah al-Sissi pour représenter l’Egypte auprès du Nigeria, n’a pas attendu de remettre ses lettres d’accréditation au président de la république Muhammadi Buhari -qui se trouve en séjour médical à Londres- pour tenter de réfléchir aux moyens de rebooster les échanges économiqes entre Le Caire et Abuja.

S’exprimant devant la Chambre de Commerce de la capitale nigériane, à l’invitation de son président Tony Ejinkeonye, il a exprimé la volonté de l’Egypte d’augmenter le volume et la valeur des échanges commerciaux avec le Nigeria, et a imputé la faiblesse des volumes des échanges entre les deux pays à «la culture et la tradition des pays africains», lesquels «au lieu d’importer d’Afrique, préfèrent se tourner vers l’Europe et les Etats-Unis». Cette déclaration en a surpris plus d’un, car le jugement de valeur du diplomate égyptien n’a pas respecté les us et coutumes locales et a choqué l’auditoire.

Car si l’ambassadeur désigné a bel et bien exprimé la volonté de son pays de réfléchir à des moyens de stimuler le commerce et l’investissement entre le Nigeria et l’Égypte, «les deux plus grands pays d’Afrique» selon ses dires faussement modestes, il envisage que l’Egypte exporte vers le Nigeria des…véhicules légers, des fournitures médicales et des produits manufacturés (sic !), pour en importer de…la canne à sucre, du gingembre et d’autres produits agricoles (resic)! Les observateurs se demandent comment «les deux plus grands pays d’Afrique» peuvent-ils réellement booster leurs échanges avec une telle proposition ? Car à aucun moment il n’a été question d’échanges dans les secteurs des hydrocarbures et des mines, dans lesquels le Nigeria est un leader mondial.

La réponse à cette question est simple : le commerce intra-africain ne représente que 15% du commerce africain avec le reste du monde et le Nigeria a compris que son intérêt ne pouvait donc aucunement se trouver en Egypte dont l’infrastructure institutionnelle, juridique et économique est une des plus faibles du continent. D’où le choix stratégique de son interconnexion avec l’économie marocaine avec laquelle est prévue la création d’un écosystème bilatéral présentant une forte valeur ajoutée, notamment grâce au gazoduc Atlantique.

Pour être plus concret, c’est l’axe Rabat-Abuja qui fait jaser le maréchal Al-Sissi de la même façon qu’il stresse Alger qui a beaucoup perdu de son influence au Nigeria. Et c’est le couple égypto-algérien qui tente de trouver une brèche dans la paire maroco-nigériane pour tenter de la déstabiliser et, pourquoi pas, la casser.

Sauf qu’Alger et Le Caire semblent oublier que le potentiel du Maroc, et ce qu’il propose au Nigeria en terme politique, économique et religieux, dans un partenariat gagnant-gagnant, ne peut être ni concurrencé ni égalé par l’Egypte et l’Algérie, tous deux empêtrés dans des dysfonctionnements structurels qui les placent au bord d’une implosion qui n’est qu’artificiellement retardée à coups d’ordonnances militaires et d’états d’urgence.

 

Abdellah EL HATTACH

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