Gouvernement et classe politique tétanisés par le discours du Trône

«Je ne voudrais pas, cher peuple, que tu penses, après avoir suivi ce discours, que je suis pessimiste (…) Être pessimiste, c’est manquer de volonté, être à court de perspectives, être dépourvu d’une approche concrète de la réalité. Mais, Dieu soit loué, outre une volonté forte et sincère, nous possédons une vision claire et déployée sur le long terme. Car nous savons qui nous sommes et dans quelle direction nous marchons. Par la grâce de Dieu, le Maroc a réussi, au cours de sa longue histoire, à surmonter les difficultés, à la faveur de la symbiose forte entre le Trône et le peuple. Aujourd’hui, nous avons d’ores et déjà franchi ensemble des étapes avancées dans les domaines les plus divers ; et aujourd’hui, nous voilà en train de marcher avec assurance et détermination, en quête d’autres acquis et de nouvelles prouesses.» C’est par ces termes que le Roi Mohammed VI a achevé son discours prononcé à l’occasion du 18e anniversaire de son accession au trône durant lequel il n’a pas ménagé la classe politique et l’administration qu’il a fustigées pour leur inertie, incompétence et irresponsabilité lesquelles impactent négativement le bon cours de la vie des citoyens et le fonctionnement normal des institutions.

Si nombre d’observateurs sont restés sur leur faim attendant du discours, à raison, qu’il débouche sur des sentences claires et des décisions fermes à l’encontre de ceux que le souverain a pointés du doigt, il est évident qu’en parlant de «vision claire déployée sur le long terme», Mohammed VI n’a pas voulu, en tapant du poing sur la table, sortir du cadre qu’il a décidé pour son intervention, à savoir sensibiliser le peuple à travers un constat de la situation de léthargie de la classe politique, un diagnostic détaillé de ce qu’est advenue l’administration, avant de passer à la phase réflexion qui aboutira à des arbitrages et, finalement, à des actions politiques, administratives ou judiciaires à l’encontre des responsables reconnus coupables, selon la gravité des griefs et le degré d’implication de ceux qui les ont causés.

Dans des termes sévères et dans un jugement sans appel, Mohammed VI relève que «dans bon nombre de domaines» les défaillances qu’il a recensées tiennet «essentiellement au faible niveau du travail en commun et à l’absence d’une vision nationale et stratégique» résultant «du fait que la dysharmonie l’emporte trop souvent sur la cohérence et la transversalité, que la passivité et la procrastination remplacent l’esprit d’initiative et l’action concrète.»

Face à ce dur constat, et la paralysie qui a touché toute la classe politique du pays depuis la prononciation discours, il n’est pas à écarter que les décisions tant attendues par le peuple marocain soient prises avant le 20 août ou lors du discours de la Révolution du Roi et du Peuple.

Si les marocains sont aujourd’hui dégoûtés de leur classe politique et leurs dirigeants, et en phase avec le contenu du discours royal, ils n’en attendent pas moins une matérialisation de la colère du souverain par des décisions fermes à l’encontre des responsables qui sont derrière ces dysfonctionnements aux retombées négatives sur les citoyens qui souffrent de ces insuffisances.

L’«immobilisme des mentalités» et les «carences en termes d’exécution et d’innovation» grèvent la bonne marche de la machine Maroc. Si le Hirak dans le Rif a quelque mérite, c’est qu’il a secoué le cocotier et mis a nu les politiques publiques menées par le gouvernement. Et, dans un sens, Mohammed VI a donné raison aux revendications du Hirak en recensant, point par point, les failles d’une administration inerte et d’une classe politique censée être l’interprète des attentes du peuple auprès de l’Etat mais qui a décidé de démissionner de ses responsabilités pour se consacrer à ses étroits intérêts politiciens et pécuniaires tout en continuant à bénéficier des privilèges et préséances du pouvoir.

Abdellah El Hattach

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